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Dax blog - My life at Dax!!
Tranche de Vie

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TchatcheBlog: Dax blog -  My life at Dax!!

Catégorie : Tranche de Vie
Créé le :  06 mai 2007 09h49 par emmanueldax
Modifié le :  05 déc. 2009 11h31
Visité :  2066 fois Cette semaine :  0 fois

Description :
Quel est donc l’objet de ce blog ? Eh bien, ne comptez pas sur moi pour vous faire part de mes états d’âme et de mes tourments, revendiquant haut et fort le droit à la décence, à la pudeur!
Je vous invite uniquement, sans prétention aucune, à découvrir mon univers : littérature, cinéma, danse contemporaine, musique, …
Du bon usage de ce site ou comment éviter d'être pris pour une truffe :
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Créé le : 05 déc. 2009 11h31 Article posté par : Web


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Créé le : 08 févr. 2009 14h20 Article posté par : Web

TchatcheBlog:

« Le bâton qui est dans mon sac a appartenu à ma sœur. Il reposait sur l’étagère du lavabo, dans la salle de bains, un soir que je dînais chez elle. Je l’ai ouvert. J’ai tout de suite aimé son boîtier. J’ai essayé sa couleur, bleutée dans la lumière du néon. Posée sur mes lèvres, elle ne colorait pas grand-chose. Mais elle brillait légèrement, avec des reflets prune. Ma bouche paraissait soudain soignée et mélancolique.

- Si tu l’aimes, tu le prends, a dit ma sœur en constatant la nouvelle couleur de mes lèvres. Je ne l’utilise pas. Il est triste et il ne tient pas.

- Merci, ai-je fait avec simplicité (je ne voulais pas marquer trop d’enthousiasme pour un objet qu’elle dépréciait).

J’étais en réalité très contente. Ma sœur me donne parfois des vêtements qu’elle ne porte plus, des parfums sont elle s’est fatiguée, un bijou au contact duquel elle est allergique. Je préfère les objets qu’on me donne aux objets que j’achète. Ils me semblent mieux choisis, ils me semblent plus désirables.

Plus tard, une jeune femme brune a levé son verre à ma sœur, dont elle honorait l’hospitalité. Elle était saoule. Mais nous avions tous bu et – à l’exception de ma sœur que je sentais embarrassée – personne ne lui en tenait rigueur. Elle portait un coloris très vif, un vermillon qui débordait le tracé de ses lèvres fines. Ce débordement m’a inquiétée toute la soirée. J’ai pensé qu’elle faisait son possible pour que quelqu’un la voie et souhaite toucher ses lèvres. Mais j’étais convaincue que rien de bon ne pouvait venir d’un désir si brutalement exposé. Un mois après ce dîner, ma sœur m’a appris que cette jeune femme avait été hospitalisée après une absorption massive de tranquillisants. Je me suis dit qu’il ne fallait pas laisser déborder le vermillon, que c’était une très mauvaise stratégie. »


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Créé le : 14 déc. 2008 19h38 Article posté par : Web

TchatcheBlog:

« Elle s’est allongée. Elle ferme les yeux. Elle est orientée. Voilà. Le soleil, il est là, elle le sent qui rend tout orangé, chaud, derrière ses paupières. Le soleil est encore adouci par un voile de nuage mais elle le sent. Elle est orientée. Vraiment. Elle ne demande rien de plus. Qu’on la laisse là. Que ça dure. Que personne ne la déloge. Qu’on ne vienne surtout pas lui dire ce qu’on fait d’elle l’année prochaine.

C’est comme si elle dormait mais elle voit passer derrière ses paupières chacun des professeurs de cette année.

C’est eux qui vont décider tout à l’heure.

Elle sait qu’avec les notes qu’elle a elle ne peut rien espérer de bon.

Elle sait aussi qu’elle n’en peut plus de flotter comme elle flotte. Elle voudrait s’arrimer à son ancre. Elle voudrait juste qu’on la laisse dessiner, peindre. Elle montrerait alors qu’elle est capable. Oui, elle st capable d’être ailleurs que « dans la lune » comme ils disent tous. Elle peut être bien présente. Quand elle dessine, tous ses sens sont là, vibrants, vifs. Et son intelligence aussi. […]

En arts plastiques, elle a de bonnes notes. Sa mère y jette à peine un œil. Elle regarde les maths, le français, et toutes les autres matières. Musique, dessin, elle s’en fout. Elle dit que c’est pas avec ça qu’on fait une vie. Mais avec quoi on fait une vie, hein ? Avec un boulot et la télévision ?

Soudain le soleil éclate en fragments rouges, vifs, derrière ses paupières.

Elle ne parle pas. Elle crie. Elle crie vers les nuages là-bas qui filent, libres. Elle crie vers le soleil qui s’est dégagé complètement de la grisaille, qui vibre.

Toute la colère est là, à nouveau. Elle se lève, se penche à la balustrade. Mais qui va comprendre, enfin, que pour elle la vie, c’est les couleurs, la musique, le rythme des pas des autres qu’elle peut écouter longtemps, dont elle aime saisir les variations, et les silhouettes qu’elle observe. Depuis toute petite c’est comme ça qu’elle vit. Pourquoi à l’école n’y a-t-il pas de place pour des gens comme elle ?

Ils ne sont pas tous pareils, les gens quand même !

En histoire ils ont appris que les grandes civilisations développaient des formes d’art raffinées. Alors dans quelle civilisation elle vit, elle ? Puisque l’art, ici, dans cette école, ne compte pas ! Elle est arc-boutée, bras tendus, contre la balustrade. Elle lève les yeux. Le ciel, les nuages, le soleil accompagnent sa colère. Elle voudrait que tout bascule, que tout change. Elle se penche. Elle se penche…

- Oh ! qu’est-ce que tu fais là ?

La voix du factotum vient de la sortir de son éblouissement. »


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Créé le : 23 août 2008 18h40 Article posté par : Web

TchatcheBlog:



















« Je me réveille à Montpellier, alertée par une odeur qui me rappelle que j’ai faim, très faim. Le train est presque vide maintenant. Ma voisine grignote un œuf dur, laissant tomber, indifférente, de petits bouts de jaune sur sa jupe.

Elle renferme l’œuf presque intact dans son papier d’argent. N’y tenant plus je lui demande, étonnée de ma propre audace :

- Est-ce que je peux finir votre œuf ?

Et une telle question, que jamais il ne me serait venu à l’idée de poser autrefois, me conforte dans le sentiment que je me suis abaissée moralement plus encore que je ne l’imagine. Sachant que je suis maintenant un être méprisable, je ne m’efforce plus, comme je le faisais, à l’absolue décence et à l’honneur, m’autorisant à marmonner ou à ricaner de manière audible en public, demandant à ma voisine de train la permission de poser mes dents sur l’empreinte des siennes, dans la tendre chair métallique du blanc d’œuf cuit. Quelle prière abjecte, me dis-je, surtout venant d’une femme affligée d’un embonpoint tel que le mien !

J’ai rougi fortement. J’ajoute alors :

- Excusez-moi, je ne sais pas ce qui me prend de vous demander ça.

Elle me retourne son petit sourire crispé qui n’étire qu’un côté de sa bouche et qui n’atténue en rien l’effrayante affliction logée dans le bleu de son œil, petit et rond comme un œil d’oiseau. Elle me tend la boule de papier d’argent.

- Allez-y, je n’ai plus faim. […]

Dans un accès de faiblesse brutal, les larmes me montent aux yeux. Je dégage l’œuf de son papier. Et je regarde les stries laissées dans le blanc par les dents réticentes et malheureuses de ma voisine et je mords dans l’œuf en faisant en sorte que mes propres dents ne s’écartent pas de ces marques, qu’elles les suivent exactement comme gage superstitieux de ma gratitude. Je voudrais, dans le même temps, que cela suffise à chasser de ce petit œil clair son morne désespoir. Car l’abattement de la jeune femme ne me procure plus la moindre félicité.

Est-ce qu’elle ne voit rien en moi dont elle doive s’écarter avec horreur ? Ou est-ce que ses propres tourments la distraient au point de lui faire oublier… toute vigilance, au point de lui brouiller la vue ou de la rendre indifférente à ce qui l’entoure ? au point de ne pas redouter le mauvais sort qui pourrait s’ajouter à son malheur présent du simple fait que ma bouche s’écrase là où sa bouche s’est écrasée ? »

 


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Créé le : 17 août 2008 21h47 Article posté par : Web

TchatcheBlog:

« Un jour, ma mère arriva dans le salon avec un animal à long cou dont la queue mince et longue terminait dans une prise de courant. […] Ce n’était pas la première fois que je voyais un aspirateur mais je n’avais pas encore réfléchi à sa condition. Je m’approchai de lui à quatre pattes pour être à sa hauteur ; je savais qu’il fallait toujours être à la hauteur de ce qu’on examinait. Je suivies sa tête et posai ma joue sur le tapis pour observer ce qui se passait. Il y a avait un miracle : l’appareil avalait les réalités matérielles qu’il rencontrait et il les transformait en inexistence.

Il remplaçait quelque par le rien : cette substitution ne pouvait être qu’œuvre divine.

J’avais le souvenir vague d’avoir été Dieu, il n’y avait pas si longtemps. […] Soudain, je rencontrais un frère : l’aspirateur. […] J’avais beau trouver qu’un Dieu n’a rien à prouver, j’aurais voulu être capable d’accomplir un tel prodige, une tâche aussi métaphysique.

« Anch’io sono pittore ! » s’exclama le Corrège en découvrant les tableaux de Raphaël. En un enthousiasme semblable, j’étais sur le point de m’écrier : « Moi aussi, je suis un aspirateur ! »

A la dernière seconde, je me souvins qu’il fallait ménager mes effets : j’étais censée posséder deux mots à mon actif, je n’allais pas me décrédibiliser en sortant des phrases. Mais mon troisième mot, je l’avais.

Sans plus attendre, j’ouvris la bouche et je scandai les quatre syllabes : « Aspirateur ! » »


Amélie Nothomb, "Métaphysique des tubes".


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